CERRHUD

Au Bénin, l’acte d’accoucher est socialement et culturellement considéré comme un moment critique où la femme et le bébé sont exposés à des risques. Des rites et rituels entrent en jeu pendant cette période délicate. Armelle Vigan, sociologue de la santé au Centre de Recherche en Reproduction Humaine et en Démographie (CERRHUD), partage les résultats d’une étude menée dans la commune d’Allada. Les données renseignent que « Donner la vie est un voyage à travers l’inconnu ».

 

Vous êtes l’auteure d’une publication parue en octobre 2023 dans la revue « Sexual and Reproductive Health Matters ». Cet article constitue un récit édifiant sur la manière dont les croyances au sud du Bénin influent sur les pratiques de recours aux soins de santé sexuelle et reproductive y compris d’accouchement. Pourquoi faut-il s’en préoccuper ?

 

Nous sommes dans un pays où environ 2500 femmes meurent chaque année en voulant donner la vie, même si 98% des accouchements dans les formations sanitaires sont assistés pas un personnel qualifié. Cela suppose l’existence de pratiques avant pendant et après l’accouchement, aussi bien du côté du système de santé que de celui de la communauté, qui contribuent à maintenir la mortalité maternelle élevée par cette proportion élevée d’accouchement dans les formations sanitaires. Par exemple, la communauté considère le premier trimestre de la grossesse comme une période où il faut être discret pour ne pas s’attirer des regards malveillants. C’est une perception inspirée par les logiques spirituelles locales qui ne favorise pas la mise en œuvre des recommandations inspirées par les logiques bio médicales. Les consultations prénatales doivent déjà démarrer au premier trimestre.

Alors, dans le cadre de notre projet de recherche à Allada, nous avons exploré les perceptions et pratiques qui pourraient expliquer ce taux élevé de mortalité maternelle et infantile malgré des accouchements fréquents dans les centres de santé. Nous avons mis en évidence les soins inspirés des religions Vodoun, chrétienne ou musulmane, utilisés en complément des soins biomédicaux à différentes étapes du parcours de soins de santé sexuelle et reproductive dans la vie des femmes.

 

En tant que sociologue, comment expliquez-vous les pratiques inspirées par les logiques spirituelles locales?

Cela nous amène à considérer que l’être humain est complexe, et son équilibre nécessite diverses approches pour traverser toutes les étapes de la vie. Par exemple, dans la communauté où nous avons mené l’étude, on voit la vie comme un cycle. L’enfant naît, grandit, vieillit, meurt, et le cycle recommence, donc le principe de « Djoto », une sorte de réincarnation. Dans une perspective où le nouveau-né est perçu comme la réincarnation d’un ancêtre, des rites et des organisations sociales sont nécessaires pour l’accueillir. Ces croyances modèlent et orientent le comportement de soin.

Quand une femme enceinte est examinée, cela se fait selon les normes biomédicales, mais dans notre société au sud du Bénin, il y a aussi le « Fâ » qui intervient. On consulte l’oracle pour déterminer les meilleures conditions pour que la femme puisse accoucher et être réintégrée dans sa famille . La dernière consultation de fin de grossesse s’appelle « afo djèté Fâ » ( afo  = pied, djèté  = descente, Fâ  = oracle). C’est une sorte de consultation post-accouchement pour remercier les dieux. Les conditions idéales d’accouchement peuvent nécessiter des thérapies directement par voie sanguine (scarification) ou par voie orale (tisanes).

D’autres types de soins sont uniquement prescrits et sont auto-administrés, comme le recours aux ceintures traditionnelles. Cette ceinture est utilisée pour éviter une fausse couche. Au moment de l’accouchement, la parturiente doit s’en débarrasser pour un accouchement naturel. Au cas contraire, ce n’est qu’une césarienne que l’issue de la grossesse connaîtra. D’autres croyances religieuses ont aussi leurs pratiques. Les femmes enceintes bénéficient de séances de prière dans leurs lieux de culte pour faire face aux complications pouvant survenir lors de l’accouchement. Tous ces facteurs influent sur le résultat final : la naissance de l’enfant.

 

Les prestataires de soins biomédicaux sont-ils conscients de ces facteurs qui façonnent les décisions des femmes au moment de rechercher des soins pendant l’accouchement ?

 

Comme vous pouvez le découvrir dans notre publication, certains prestataires de soins biomédicaux de la zone d’étude combinent leurs connaissances avec des pratiques alternatives basées sur leurs expériences, la religion et la foi. Des sages-femmes dans les établissements sanitaires offrent des soins spirituels, comme prier avec la femme et sa famille. Elles identifient parfois les femmes anxieuses et les accompagnent avec des conseils et des prières.

 

Faut-il intégrer les perspectives communautaires dans les politiques de santé maternelle ?

Nous ne préconisons pas un recours inconditionnel à ces pratiques. Cependant, il est crucial de ne plus faire comme si elles n’existent pas. Les programmes et les politiques visant à réduire la mortalité maternelle au Bénin doivent chercher des synergies avec des fournisseurs de soins alternatifs et des pratiques spirituelles, puis envisager des processus sensibles à l’existence des logiques et des pratiques de soins alternatives et spirituelles.

Pendant le travail d’accouchement par exemple, des proches parents donnent des tisanes ou des potions à la femme enceinte, mais elles n’admettent les avoir prises auprès des agents de santé que lorsqu’il y a des complications. Il est important de travailler à instaurer la confiance chez ces femmes pour qu’elles communiquent les mesures prises à domicile avant de venir à l’hôpital. Il faut aussi expliquer les limites de ces pratiques. Sans éducation et information, ces pratiques risquent de continuer, mettant en danger les efforts pour réduire la mortalité maternelle et infantile au Bénin.

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CONTACT CHERCHEUR

Mme Amelle VIGAN 

avigan@cerrhud.org

 

CONTACT PRESSE

 M. Fulbert ADJIMEHOSSOU

fadjimehossou@cerrhud.org